Massimiliano Fuksas

Un nuage lourd à porter

J’ai vu passer tellement de maires
sur ce projet que je ne me rappelle même plus
leurs noms à tous (...)

Massimiliano Fuksas

S’il n’y a pas de bonheur sans nuage, il y a assurément des projets dont la réalisation présente un caractère à ce point pénible qu’il en devient difficile de juger du résultat sans en évoquer les avatars lors de leur construction. Le nouveau palais des congrès surnommé la « Nuvola », dernière création romaine de l’architecte Massimiliano Fuksas, en fait indéniablement partie.

En savoir plus...

Car il s’agit bien du plus grand projet architectural mené à bien à Rome depuis les jeux Olympiques de 1960. Longtemps retardé et controversé, la Nuvola a pris ce surnom en raison de ce qui en fait son principal attrait : une salle de congrès en  forme de nuage suspendu dans une énorme cage de verre. Cela dit, vu de l’intérieur, d’aucuns seraient tentés de dire qu’il pourrait tout aussi bien s’agir de l’échographie d’un rein ou d’un fœtus de baleine. 

Construite en acier et en verre, elle trône au cœur de l’EUR, quartier des affaires de Rome créé par Benito Mussolini dans les années 1930 dans le sud de la capitale. A l’origine, la construction devait coûter 60 millions d’euros à l’État. Ce sont finalement 363 millions d’euros de fonds publics qui seront nécessaires, partagés par la municipalité de Rome (10 %) et le ministère de l’Économie (90 %). Il aura d’ailleurs fallu vendre quatre bâtiments mussoliniens situés à l’EUR pour financer la fin du chantier, resté longtemps à l’arrêt.

L’architecte Massimiliano Fuksas a même été écarté du projet en 2008 et en a perdu la direction artistique, tout contact avec l’administration ayant été rompu. En cause : une analyse de la Cour des Comptes et une injonction de ne plus payer un centime de plus à l’architecte, qui avait déjà engranger quelque 20 millions d’euro depuis la genèse du projet. Il faut dire que l’architecte a remporté le projet en 2000, mais les travaux n’ont commencé qu’en 2007. Puis la société gestionnaire du chantier a introduit des modifications, la loi anti-sismique a imposé de nouvelles règles, etc. Le « Nuage » aura incontestablement été son projet le plus pénible: « Nous avons commencé à y penser en 1995. J’ai vu passer tellement de maires sur ce projet que je ne me rappelle même plus leurs noms à tous (...) », a-t-il expliqué en conférence de presse.

Le chantier était en effet planifié depuis plus de vingt ans. Le premier concessionnaire qui avait pris en charge la construction au début des années 2000 avait modifié les plans de l’architecte, ce qu’il avait fallu corriger ensuite, occasionnant des coûts supplémentaires. Il avait ensuite fait banqueroute et avait simplement abandonné le site. Le chantier a ensuite été repris en main par la société publique EUR-SAP, et c’est elle qui devrait être gestionnaire de l’édifice. 

La salle du nuage a couté très cher par rapport au nombre de personnes qu’elle  pourra accueillir, ce qui en fait la salle de congrès la plus chère au monde. Le Centre  doit donc compenser ce coût en offrant plusieurs autres salles au sous-sol, en plus d’une aire de restauration, de cuisines, d’une place publique semi-climatisée et d’un emplacement pour des spectacles de musique. 

D’un point de vue architectural, la « Nuvola  » est réalisée en acier, verre et pierre et est divisée en 3 parties:

  • La Teca (vitrine): la structure polygonale extérieure contenant la Nuvola, construite en verre et en acier sur une hauteur de 39 mètres, 70 mètres de largeur et 175 mètres de longueur.
  • La Nuvola (nuage): auditorium de 1.800 places et salles de réunion, recouvert de fibre de verre.
  • La Lama (lame): hôtel luxe de 439 chambres, 7 suites, centre Spa et restaurant. 

L’édifice est composé de 17 étages et 58.000 mètres carrés de verre ont été nécessaires pour le recouvrir. 37.000 tonnes d’acier ont été utilisées pour la construction, soit 5 fois plus que pour la Tour Eiffel. 

Le centre de congrès devait donner l’apparence d’une serre dans laquelle s’ouvre une fleur. La structure extérieure rectiligne et inerte nuance cependant cette intention première, rappelant plutôt la froideur d’un hôpital et la monumentalité d’un sanctuaire muséal. Les 14.000 mètres carrés de tissu en fibre de verre micro-perforé qui enveloppent la coque en acier du « nuage » peinent à le faire léviter. A la lumière naturelle, il reste confiné dans une structure métallique omniprésente, telle une forme indifférenciée et solide, aux angles vifs, finalement assez loin de l’image initiale promise par l’architecte.

Projet & Localisation

Roma Convention Center La Nuvola- Rome, Italie

Distributeur / Verdeler
MMG Maters Media Group SAS

55 avenue Marceau
75116 Paris
France

Uitgever / Editeur
MediaXel bvba / sprl 
info@media-xel.com
Avenue Marie de Hongrie 64 Maria van Hongarijelaan
1083 Bruxelles / Brussel
België / Belgique