Marina Tabassum

La spiritualité comme élément d’architecture

Vous pouvez faire des bâtiments à la Frank Gehry.
Mais je me demande si c’est vraiment la chose à faire
dans un pays comme le Bangladesh

Marina Tabassum

Lauréate du Prix Aga Khan 2016 pour la mosquée Bait-ur-Rouf située à Dacca, l’une des rares mosquées construite par une femme, Marina Tabassum est l’une des architectes les plus en vues du Bangladesh. Elle a construit une mosquée dont la notoriété ne cesse de s’accroître grâce à son architecture singulière.

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La mosquée s'élève dans un quartier à très forte densité urbaine de Dacca et le bâtiment a été édifié sur un soubassement en position surélevée par rapport à la route. La position permet de créer un angle de 13° comparé à la qibla, la direction de la Mecque vers laquelle les musulmans tournent leur visage pendant la prière. Le plafond et les murs sont percés de petites trouées pour laisser passer la lumière en fonction de l’emplacement du soleil dans le ciel.

Au fur et à mesure de la journée, le canevas lumineux se déplace et se contorsionne sur les murs et le sol du hall de prières. Également conceptrice du musée de l’Indépendance à Dacca, Marina Tabassum explique qu’être une femme ne compte pas à ses yeux. Elle dit se voir d’abord et avant tout comme une architecte, dont les créations doivent avoir une utilité sociale. «Vous pouvez faire des bâtiments à la Frank Gehry. Mais je me demande si c’est vraiment la chose à faire dans un pays comme le Bangladesh», dit-elle.

«Dans le sous-continent indien, les femmes ne vont traditionnellement pas prier à la mosquée, mais j’ai vu de vraiment magnifiques espaces spirituels. Cela m’a beaucoup inspiré», raconte Mme Tabassum. «Toute l’idée d’utiliser la spiritualité comme élément d’architecture a toujours été quelque chose d’intrigant», explique-t-elle.

Pays officiellement laïc à majorité musulmane, le Bangladesh a hérité d’une riche tradition architecturale de mosquées, datant de l’invasion turque au XIIe siècle. Les premières mosquées de la région combinaient éléments importés de Turquie et touches locales, comme le recours aux briques ou la mise en place d’un dôme, donnant naissance à une fusion unique en son genre. Bait-ur-Rouf, Mme Tabassum explique avoir voulu rendre hommage à «ces glorieuses traditions perdues», mêlées aux techniques architecturales modernes.

Projet & Localisation

La mosquée Bait-ur-Rouf, Dacca, Bangladesh